5 Choses à Connaître Sur Nina Simone

Nina Simone Carnegie

Elle rêvait de Classique

Née dans l’Amérique des années 30, Eunice Waymon rêve de devenir pianiste. Virtuose du piano, elle souhaite être la première concertiste classique Noire, mais se voit refuser l’entrée au Conservatoire, « trop noire » pour l’Amérique d’alors. Devenue chanteuse de jazz par défaut, elle prend un pseudonyme pour jouer du jazz, musique que sa mère réprouve, et se baptise Nina Simone. Une icône va naître.

1. Carnegie Hall Comme Objectif

nina simone carnegie hall

Lorsqu’elle s’y produit pour la première fois, le 21 mai 1961, elle écrit à ses parents presque comme un regret : « je réalise enfin votre rêve mais j’aurais dû jouer Bach… » Pourtant son passage dans ce lieu mythique, scène incontournable du classique, est un triomphe; elle devient une véritable star. Celle qui s’imaginait en égale de Callas devient une Diva du blues, du jazz, de la soul… En somme, de la musique populaire qu’elle marquera de son empreinte.

« – Maintenant vous êtes une superstar aimeriez-vous vous consacrer au classique ?

– Oui, mais je n’ai pas vraiment le temps d’y penser. Vous savez, je n’aime jamais autant ce que je joue que lorsque je fais appel à ce que j’ai appris en musique classique. »

Alabama’s gotten me so upset (L’Alabama m’a rendue folle de rage.)

Tennessee made me lose my rest (Le Tennessee m’a fait perdre le sommeil.)
And everybody knows about Mississippi Goddam (Et tout le monde sait ce qu’il en est pour le Mississippi, Bon Dieu.)

2. Légende du « Civil Rights Movement »

Alors qu’elle a tout, qu’elle gagne en notoriété, de l’argent, des prix… Nina se sent incomplète. Il lui manque un sens à sa vie. C’est dans la bataille qu’elle mène auprès de ses semblables qu’elle formera sa conscience sociale. Cette lutte des Noirs pour obtenir l’égalité et les Droits Civiques aux Etats-Unis anime ses chansons. Parmi elles, le fracassant Mississippi Goddam est un pamphlet contre les crimes et la négrophobie; elle l’écrit lorsqu’un militant Noir Medgar Evers, suivi de quatre enfants Noirs, sont tués dans un attentat raciste en Alabama. Ce morceau ne passe pas inaperçu d’ailleurs. Elle le chantera durant la marche de Selma. Elle chante l’émouvant Why lorsque son ami Martin Luther King est assassiné et reprend Strange fruit, terrible chanson de Billie Holiday, qui dénonce les lynchages d’Afro-Américains. De la même trempe, Young, Gifted and Black (« Jeune, Talentueux et Noir »), d’après la pièce de Lorraine Hansberry, est un hymne à la jeunesse Noire américaine qu’elle veut ré-enchanter. Elle entre dans la lutte, comme on entre en religion avec ferveur et zèle : « C’était grisant de faire partie de ce mouvement à l’époque parce qu’on avait besoin de moi, je pouvais chanter pour aider mes frères et sœurs, et c’est devenu ma raison d’être, ce n’était plus le piano classique ni la musique classique ou même la musique populaire, c’était la musique des droits civiques… »

There’s a million, a million boys and girls (Il y a un million, un million de garçons et de filles)

Who are young, gifted, gifted, and black… and its sho’nuff where its at (Qui sont jeunes, talentueux, talentueux, et noirs… et c’est vrai)

To be young, gifted, and black (Être jeune, talentueux, et Noir)
We must begin to tell our young (Nous devons commencer à dire à nos jeunes)

That there’s a whole world, a whole world waiting for you (Qu’il y a tout un monde entier, un monde entier qui vous attend)

3. Lidentité des Noirs en bandoulière

« Nous les Noirs, sommes les plus belles créatures de la terre. »

« Ma mission, c’est d’éveiller leur curiosité des miens quant à leurs origines, de faire en sorte qu’ils s’y intéressent et qu’ils en soient fiers. »

Nina_BlackPantherNina souhaite que les Noirs ne soient plus « une race perdue » coupée de sa culture et de ses origines. Loin d’être non-violente, elle veut rendre aux Noirs, l’identité Noire, le Black Power, par tous les moyens nécessaires. C’est encore en musique qu’elle le fera. Ain’t Got No, I Got Life résume sa pensée mais sa carrière en pâtira.

Dévorée par son combat, hantée par ses démons – elle sera diagnostiquée bipolaire – elle quitte les Etats-Unis d’Amérique et son époux-manager -violent et infidèle- pour la Barbade, puis le Libéria, où elle mène la grande vie; heureuse, loin de la musique. Manquant d’argent, elle doit revenir à sa carrière et s’installe en Suisse avant d’échouer à Paris.

4. Mère Absente 

« J’ai pardonné à ma mère, […] petite, quand elle partait, elle me manquait, aujourd’hui elle me manque encore», c’est ce que dira sa fille. Femme publique, Nina Simone est esclave de ses passions, de son succès, de ses paradis artificiels… Elle n’en reste pas moins mère de Lisa qu’elle embarque parfois dans sa vie chaotique à travers le monde, notamment au Liberia où elle se montre tyrannique jusqu’au moment où sa fille lui dit stop… Nina Simone est pourtant une mère qui couvre sa fille d’un amour inconditionnel, et qui souffre d’être sur la route loin d’elle. Elle tente de lui faire vivre une vie réglée. Ses notes montrent toutes les interrogations d’une mère.

 Extrait du journal de Nina Simone  Image4_JournaldeNina

(Appeler Lisa : A-t-elle pris un bain tous les jours ? La coiffer avec des rubans, changer ses couches et ses vêtements)

5. Une vie sacrifiée au génie

Elle se retrouve à Paris en 1982, c’est alors la déchéance. Son ami Gerrit la sort de là et l’installe à Nimègue en Hollande. Elle y commence un traitement et sa carrière connaît un second souffle. Chanel reprend l’une de ses chansons, elle enchaîne les concerts. Cependant, sa vie privée est très solitaire. Eternelle amoureuse, elle hurle l’amour avec le célèbre I put a spell on you, parle de chagrins passés dans Feelings, et nous livre un poignant Ne me quitte pas.

Nina Simone fut une diva éblouissante du XXème siècle. Femme écorchée vive et passionnée, artiste et intellectuelle, elle fut surtout complexe. Si une chanson devait résumer sa vie, nous pourrions choisir celle-ci.

« Ma vie privée est un désastre, j’ai eu quelques aventures et j’aimerais beaucoup me marier mais j’ai dû tout sacrifier… Pour la musique… »

Nina Simone

Dernière image NIna

Pour aller plus loin :

Le very best of Nina Simone

Une histoire romancée de Gilles Leroy, Nina Simone. Roman.

Son autobiographie, I put a spell on you (en Anglais)

Le très honnête documentaire What happened Miss Simone ? A voir sur Netflix et le livre qui y est associé :

 

Maya
A propos Maya 60 Articles
Professeur de Lettres & Histoire, et Responsable de Publication chez Ôbelle Magazine, je suis femme d’abord, mère ensuite, ou l'inverse. Mon idéal : voyager et lire, flâner et écrire. Ma devise : Visiter les beautés du monde avant de s’occuper de l’être humain… Ma quête : l’acceptation de l’autre à travers la connaissance de soi: "Apprenez à vous connaître sans vous renier et vous vous élèverez." Me contacter : maya@obelle.fr

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