[Culture] Les Grandes Religions et La Femme

femmes 3 religions

La Femme a toujours eu un rôle prépondérant dans l’histoire du Monde, mais également dans l’histoire des grandes religions. Il existe de nombreux préjugés associés à la place de la Femme dans les livres sacrés, mais qu’en est-il vraiment? Le manque d’intérêt pour les écrits religieux a de fâcheuses conséquences sur l’image de la femme dans tout ce qui a trait à la religion. Essayons donc d’y voir plus clair quant au statut de la femme dans les trois religions monothéistes.

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La Femme Dans le Judaïsme

 

La femme à la lumière de la Torah

femme juiveA l’instar d’autres livres sacrés, la Torah fait une grande place aux femmes.

Dans la première partie de la Genèse, premier livre de la Torah, on peut lire: « Dieu créa l’homme à  son image. Mâle et Femelle furent créés à la fois, à  l’image de Dieu ».

Dans la deuxième partie de la Genèse, Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit isolé. Je lui ferai une aide digne de lui ». C’est ainsi qu’Il créa la femme à son côté.

Lorsque Sarah,  stérile et mariée à Abraham n’arrivait pas à enfanter, elle demanda à son mari de faire un enfant avec sa servante Agar. Devant l’arrogance d’Agar vis-à-vis de Sarah lorsqu’Ismael vint au monde, Sarah demanda à Abraham de chasser Agar et Ismael. Abraham refusa et Dieu lui dit « Tout ce que te dit Sarah, obéis à  sa voix, car elle a une vision supérieure à  la tienne. C’est la postérité d’Isaac qui portera ton nom ». Ainsi, Dieu lui-même donne un caractère supérieur à l’opinion d’une femme face à celui qui tient place de patriarche dans le Judaïsme. La Torah assigne des rôles différents aux femmes et aux hommes. Cela ne sous-entend pour autant aucune inégalité entre hommes et femmes. Chacun a une place bien définie et équivalente créant un équilibre dans la relation entre les deux sexes.

Des femmes puissantes

Rebecca, qui a béni Jacob, et Myriam, soeur de Moïse qui l’a sauvé de la mort en le confiant au Nil, ou encore Déborah la prophétesse, Yahel la guerrière, Hannah la mère du prophète Samuel, Esther la femme du roi Assuérus etc. sont autant de femmes dont la Torah fait l’éloge sans équivoque. Ces nombreuses femmes ont tenu un rôle-clé dans l’histoire des Juifs.

Bien que la femme ait des impératifs en tant que mère, femme et épouse, elle possède un rôle prépondérant dans l’histoire du Judaïsme. Ainsi, lors de shabbat, elles sont célébrées dans la prière par leur mari qui récite à leur égard, une louange tirée du Livre des Proverbes (31 :10 – 31) « Heureux qui a rencontré une femme vaillante ! Elle est infiniment plus précieuse que les perles. En elle le coeur de son époux a toute confiance aussi les ressources ne lui font-elles pas défaut. »

Des figures religieuses fortes

En effet, la femme juive est la garante de la religion. Elle la porte en son sein pour la transmettre aux enfants qu’elle met au monde. A l’image des quatre matriarches ou mères de tous les enfants d’Israël que sont Sarah, l’épouse d’Abraham, Rebecca, l’épouse d’Isaac puis Rachel et Léa, les épouses de Jacob, le rôle des femmes est prépondérant dans la société.

Au-delà de cette mission, elles tiennent aussi un rôle communautaire fort ; dans les milieux les plus modernes, elles peuvent être rabbin. On trouve trace de ces femmes rabbins dès le XVIIème siècle où la première connue Asenath Barzani, une érudite kurde à qui l’on conféra informellement le titre de répétitrice décerné au rabbin, faisant ainsi de facto d’elle un rabbin, bien qu’elle n’ait jamais demandé l’ordination. Elle se contentera de diriger l’école religieuse laissée par son mari. Il faut attendre le XXème siècle pour que l’ordination des femmes rabbins soit possible. Depuis, nombre d’entre elles sont gardiennes de la foi même si en France, cela reste encore rare; on ne peut recenser que deux dont notamment Delphine Horvilleur, auteur d’En tenue d’Eve: Féminin, Pudeur et Judaïsme

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La Femme Dans le Christianisme

 

femme chrétienne

La femme à la lumière de la Bible

La Bible insiste sur le caractère complémentaire et égal des femmes et des hommes. Installés sur un pied d’égalité, tous deux ont des droits et des devoirs l’un envers l’autre. En ce sens, le verset mentionné au commencement de la Bible affirme : « Toutefois, dans le Seigneur, ni la femme ne va sans l’homme, ni l’homme sans la femme », telle est leur égalité devant le Seigneur.

Dans l’épître aux Ephésiens, chapitre 5, cette égalité est également soulignée. Ainsi, la femme, épouse ou future épouse doit être soumise à son époux, comprenez le chérir et le respecter : « Epouses, soyez soumises à votre mari comme au Seigneur. Comme le mari est le chef de sa femme, ainsi le Christ est le chef de l’Eglise. Et puisque l’Eglise se soumet au Christ, ainsi les épouses doivent être soumises à leurs maris en tout. » Tout comme l’homme, mari ou futur mari doit respecter et chérir sa compagne : « Aimez vos épouses comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle, il s’est sacrifié de lui-même pour secourir l’Eglise. De la même façon, les maris doivent aimer leurs épouses comme ils aiment leurs propres corps. Un homme qui aime sa femme, s’aime lui-même. » L’homme est incité à aimer et respecter sa femme, son égale : par ses écrits, la Bible lui confère un rang important à l’instar de Marie, mère du Sauveur, appelée par l’ange Gabriel: « bienheureuse parmi toutes les femmes ».

Enfin, Jésus lui-même défendra des femmes, à commencer par la femme adultère menacée de lapidation, et il aura parmi ses compagnons Marie-Madeleine, qui le suivra tout au long de sa vie et assistera la première à sa résurrection.

Des ministres du culte au féminin

Longtemps cantonnées aux couvents, les femmes sont au Moyen-Âge alors d’éternelles inférieures et cela est renforcée par les lois laïques du code civil qui les maintiennent dans la minorité.

Cependant, elles constituent des figures tutélaires fortes : les bonnes sœurs sont aussi des enseignantes, garantes de la morale chrétienne et les saintes patronnes protègent nombre de personnes : sainte Thérèse, sainte Geneviève, sainte Rita ou encore Sainte Catherine, sont toutes des femmes protectrices de professions diverses. Et régulièrement, des femmes sont canonisées pour leurs miracles et bienfaits.

Enfin, si la vocation de nonne, autrement dit, l’entrée au couvent, a été pendant des siècles le seul moyen de se consacrer à Dieu pour une femme, la réforme protestante revoie leur position. Luther affirmera en 1521 : « L’ordre, la bienséance, l’honneur exigent que les femmes se taisent lorsque les hommes parlent ; mais lorsqu’aucun homme ne parle, il devient nécessaire que les femmes prêchent ». Ainsi, par ces mots, les femmes peuvent être pasteurs. Elles sont alors de véritables ministres du culte, à l’instar des prêtres, à la tête de congrégation religieuse (chez les protestants).

Comme dans le judaïsme, la femme a des devoirs, vis-à-vis de son mari, de son Seigneur, et de la société mais aussi des droits et une place centrale.

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La Femme Dans l’Islam

 La femme à la lumière du Coran

femme musulmaneContrairement à la pensée répandue au sujet des Femmes musulmanes, celles-ci possèdent, à l’instar des autres religions monothéistes, un statut élevé dans le Coran. Dès les premières sourates du livre sacré, un chapitre, le quatrième sur les 114 leur est d’ailleurs consacré : « Les Femmes » (An-nisâ) prouvant que les femmes jouissent d’une attention particulière.

De nouveaux droits leur sont conférés avec l’arrivée de l’islam. L’islam c’est la fin des pratiques incorrectes résultant des coutumes et des traditions des sociétés antéislamiques. C’est aussi une pleine justice au sujet du statut de la femme : ses droits sont clairement légiférés et inscrits dans le marbre. Cette codification des droits et devoirs de la femme dans tous les aspects et toutes les étapes de sa vie lui assure alors une sécurité dans la société.

Enfin, les relations entre l’homme et la femme sont clarifiées de manière à ce que chacun trouve sa place dans le couple et se traite d’égal à égale. Plusieurs versets coraniques en parlent. Dans la seconde sourate la Vache, le verset 7 nous dit : « Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. » Dans la sourate les Romains, le verset 30 explique le respect mutuel et l’amour que doivent se porter les hommes et les femmes : « Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. »

La parité homme/femme est aussi clairement écrite dans le Coran. La sourate 33 au verset 35 en est un exemple : hommes et femmes y ont le même statut et les mêmes rétributions.  « Les musulmans et musulmanes, croyants et croyantes, obéissants et obéissantes, loyaux et loyales, endurants et endurantes, craignants et craignantes, donneurs et donneuses d’aumône, jeûnants et jeûnantes, gardiens de leur chasteté et gardiennes, invocateurs souvent d’Allah et invocatrices : Allah a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense. »

Ainsi, lors de l’expansion de l’islam, la religion est accueillie plutôt favorablement et ce, même dans l’Espagne catholique conquise.

La femme en tant que fille, épouse et mère

« Celui qui a une fille et qui ne l’enterre pas vive, qui ne l’insulte pas, et qui ne favorise pas son fils sur elle, Dieu le fera entrer au Paradis » (Ahmad Ibn Hanbal)

L’islam confère des droits et pousse les femmes à s’instruire pour s’élever. La femme tient un rôle de conseil et de consultation auprès de son époux, à l’instar de femmes éminentes telles que Khadija ou Aïcha. Ceci requiert une bonne éducation et une bonne instruction. Elle a également un rôle au sein de la société. Une solide instruction lui permet d’agir au service de la communauté.

« La mère est une école si elle est bien préparée,

Elle prépare une nation avec de bonnes racines. »

Ahmed Chawqui, poète égyptien

La femme en tant que mère se doit de protéger ses enfants, leur apporter tendresse et affection et leur fournir une éducation intellectuelle et spirituelle. Elle est la gardienne de la maisonnée et on lui doit un respect infini.

Un homme vint voir le prophète Mohammed et lui demanda: « Ô messager de Dieu, quelle est la personne qui mérite le plus que je lui tienne compagnie? » Le prophète répondit:  » Ta mère. » L’homme dit: « Et qui encore? » Le prophète dit: « Ta mère. » L’homme demanda encore: « Et qui d’autre? » Le prophète dit: « Ta mère. »   L’homme demanda de nouveau: « Et qui encore? » Le prophète dit: « Ton père. » 

Une femme parmi les femmes de foi : la Sainte Marie

Son statut dans le christianisme

Et l’ange étant entré auprès d’elle, dit: Je te salue, toi que [Dieu] fait jouir de sa faveur! Le Seigneur est avec toi; tu es bénie entre les femmes. Et elle, le voyant, fut troublée à sa parole; et elle raisonnait en elle-même sur ce que pourrait être cette salutation. Et l’ange lui dit: Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. (Luc 1 versets 26 à 38)

L’importance de la femme dans le Christianisme est claire : Marie, mère de Jésus est considérée comme pure : elle est digne, respectée, prise pour référence par bon nombre de croyants. Elle est LA femme de la chrétienté. Elle est au-dessus des dissensions entre les différents courants chrétiens; pour tous, elle fait l’unanimité. Nombre d’œuvres d’art religieuses la représentent. Sainte Marie est le sujet privilégié des peintres et sculpteurs du Moyen-Âge et de la Renaissance. Aujourd’hui encore, elle orne les églises, leurs vitraux et les maisons des croyants. Son image en est devenue universelle.

De plus, sa place exceptionnelle se confirme avec L’Ave Maria, cette prière qui commence par le salut de l’ange Gabriel à Marie « Je vous salue Marie ». Elle est la prière à Marie la plus connue et récitée au monde si bien que ses vers sont passés dans le domaine public, même les non-chrétiens en connaissent quelques vers.

Son statut en Islam

Marie ou plutôt Maryam est une femme qui jouit d’un statut particulier dans le Coran. Elle est évoquée 34 fois dans les textes, c’est la seule femme nommée dans le Coran. La sourate « 19 » porte son nom et lui est entièrement consacrée. Elle est respectée pour ses vertus, son humilité et sa piété qui en font un modèle de foi. Elle est la femme pieuse et humble par excellence.

« Ô Marie Dieu t’a élue, Il t’a rendue pure, et t’a élue au-dessus de toutes les femmes de l’univers » (Sourate 3, verset 42)

Il y a plusieurs hadiths qui honorent et réhabilitent Marie :

« La reine de toutes les femmes au Paradis » (Musnad, ibn Hanabl) 

« Parmi les femmes, ceux qui sont meilleures moralement et spirituellement, il y a Marie …» (Tabari)

En Islam, Maryam (Marie) est un être d’exception choisi par Dieu. Elle est l’heureuse élue à laquelle l’ange Gabriel se présente sous la forme d’un homme parfait. Elle est décrite comme une enfant heureuse, douce bénéficiant des bienfaits de Dieu puis comme une femme pieuse. « Les Meilleures Femmes Des Gens Du Paradis Qui Sont : Khadija (femme du prophète), Fatima Bint (fille du prophète), Assia (Femme De Pharaon), et Maryam Bint ‘Imran… » (Ibn ‘Abbas)

Dans le Christianisme comme dans l’islam, la Vierge Marie apparaît comme une femme forte, élue et protégée par Dieu face à l’adversité. A l’image de Marie, nombre de femmes sont connues et reconnues dans les livres sacrés des trois grandes religions.

Croyante et féministe, est-ce possible ?

Ce n’est pas tant la religion et ses enseignements qui oppressent, mais les sociétés souvent patriarcales qui préfèrent aliéner les femmes ou les diaboliser et ce, quelque soit la religion dominante ou même l’absence de religion. Cette oppression est le fait de groupes machistes se servant des écrits religieux à la défaveur des femmes.

Les religions donnent des droits et des devoirs, ces derniers ne sont pas des obligations souscrites seulement aux femmes : les hommes aussi sont concernés par le ménage et les enfants, la réussite du foyer…

Il n’est pas interdit de croire en Dieu, de respecter des commandements souscrits et très souvent identiques aux valeurs que véhiculent la société tout en étant une féministe convaincue. Non, même si des féministes « mainstream » se positionnent naturellement comme antireligieuses. Projetant leur fantasme, elles véhiculent l’idée de la croyante soumise qu’il faut libérer. Ce procédé connaît ses limites alors que les problèmes dénoncés (machisme, inégalités sociales et économiques, violences faites aux femmes, partage des tâches…) concernent toutes les femmes, croyantes ou pas.

En excluant de nombreuses femmes car croyantes, elles annihilent l’idée selon laquelle l’identité peut être multiple : croyante, mère, fille, travailleuse acharnée et épanouie, érudite ET féministe…

Conclusion : Les trois religions monothéistes ont ainsi une base canonique commune qui leur confère une conception relativement comparable de la Femme, comme son importance en tant que mère et épouse, l’importance de Marie dans le christianisme et en Islam. La Femme dans les trois religions est élevée, autant dans les affaires familiales que sociétales. C’est elle qui donne la vie, c’est elle qui éduque ses enfants et leur transmet les valeurs familiales et religieuses, et elle possède de nombreux droits, que ce soit vis a vis de son époux, de ses enfants ou de la société. Elles sont au fondement et un pilier de la société pour toutes les religions.

Article co-écrit par Maya et Naga

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Maya
A propos Maya 60 Articles
Professeur de Lettres & Histoire, et Responsable de Publication chez Ôbelle Magazine, je suis femme d’abord, mère ensuite, ou l'inverse. Mon idéal : voyager et lire, flâner et écrire. Ma devise : Visiter les beautés du monde avant de s’occuper de l’être humain… Ma quête : l’acceptation de l’autre à travers la connaissance de soi: "Apprenez à vous connaître sans vous renier et vous vous élèverez." Me contacter : maya@obelle.fr

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