[Ôdacieuse] Fatou Diome, Femme de Combat

Qui est cette femme qui a « breaked » the internet ?

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C’est lors d’une émission de débat Ce soir ou jamais (France Télévisions) sur la crise migratoire que Fatou Diome réapparait. Dans une analyse aussi réelle que poignante, elle pointe les problèmes et dénonce le point de vue « européen » de la question migratoire. Si cette indignation est très vite devenue virale et cumule des millions de vues, Fatou Diome n’est pas une néophyte. Femme de lettres et personnalité publique, elle a « cassé » le web en 2015. Retour sur une femme de combat.

Extrait émission Ce soir ou jamais

Fatou Diome, l’écrivain

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C’est en 2003, que le public découvre Fatou Diome dans son premier roman, Le ventre de l’Atlantique; celui ci enthousiasme la galaxie littéraire. Très juste, il décrit les relations entre « ceux d’ici » et « ceux de là-bas » mais aussi comment chacun se berce d’illusions et véhicule de fausses idées et images de l’Occident. Ce statut souvent stéréotypé attribué à chacun, les relations bancales entre l’Occident et ce que l’on appelait le Tiers-Monde constituent quelques-uns de ces thèmes fétiches. Ainsi, ses oeuvres, « Celles qui attendent » où des femmes mexicaines attendent le retour de leur mari passés aux Etats-Unis en traversant le désert ou encore La préférence nationale, recueil de nouvelles développent son point de vue.

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« Parler de l’Afrique n’est pas un métier, il ne s’agit pas de parler de l’Afrique à tout prix, il faut parler de l’Afrique dans la cohérence de la création, je revendique la liberté dans la création. »

Ce sont surtout, les relations humaines qui intéressent Fatou Diome. Docteur en lettres, elle écrit de nombreux ouvrages à ce sujet. Selon elle, si la littérature africaine est née d’une nécessité – celle de la décolonisation-, Senghor et Césaire ont créé un espace de liberté qui permet d’écrire des histoires qui ne se passent pas seulement en Afrique. Ainsi, son ouvrage Inassouvies, nos vies traite des vies croisées des habitants d’un immeuble, Kétala parle de la question du deuil et de l’héritage, Impossible de grandir traite de l’enfance, des non-dits et des souvenirs enfouis. La lire, ce n’est pas penser seulement à « l’Afrique », au-delà de ses origines, explique-t-elle, ses sensibilités et son envie d’écrire se construisent au gré de ses rencontres.

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Fatou Diome, l’intellectuelle

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« On dort tranquille car les cris des autres n’arrivent pas jusqu’à nos oreillers… »

Dans son analyse de la migration, elle a explosé en 2015. Elle partage ses réflexions sur le monde. Méthodiquement, elle dénonce les représentations et statuts des hommes selon leur origine. S’ils sont occidentaux et blancs alors le monde leur appartient, alors que les « Autres » même lorsqu’ils sont réfugiés, luttent pour obtenir des visas, voyagent dans des conditions difficiles et se voient refuser l’asile alors même que leurs vies sont en danger, sont exclus.

« Si vous êtes Canadien ou Argentin de couleur blanche, vous êtes expatrié, si vous êtes non-blancs vous êtes immigrés. … On ne voit pas le mouvement des Européens vers le reste du monde, ils ont le bon passeport. »

De la même façon, un étudiant africain rencontrera toutes les peines du monde à étudier hors d’Afrique quand des programmes d’échange de type Erasmus fonctionnement aisément entre pays occidentaux.

« Si c’était des Blancs, le monde entier serait en train de trembler. Toute personne typée est considérée comme immigrée économique. Les réfugiés politiques sont protégés par la convention de Genève. »

Elle nous exhorte donc de voir au-delà des clichés en ré-humanisant les « migrants »; ceux-ci ne sont pas des flux mais des êtres humains en quête de sécurité physique, économique et de bonheur.

« Rentre dans ta forêt »

Enfin, elle-même, victime de racisme n’a de cesse de vouloir changer les mentalités. Pis encore, elle dénonce ce racisme des élites qu’elle oppose à celui des campagnes. Ainsi, le racisme le plus terrible est selon elle, celui du pseudo-cultivé qui élit un étranger parmi les autres. « Je n’aime pas les étrangers sauf toi » marque un profond mépris des êtres humains tandis que le racisme des « campagnes » prend souvent source dans la méconnaissance de l’autre.

Fatou Diome, la femme libre

 

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Née en 1968 au Sénégal, Fatou Diome est d’abord un enfant du scandale. Née de parents amoureux mais non mariés, elle est élevée par sa grand-mère et rêve de devenir professeur de français. C’est en 1994 qu’elle arrive en France par amour. Elle suit son français de mari rencontré au Sénégal. Installée à Strasbourg, elle y a fait des études de lettres modernes, licence, agrégation, doctorat, elle enchaine les diplômes. Ne s’entendant plus avec son mari qui refuse qu’elle devienne écrivain, elle divorce. Avant cela, elle s’est vue refusée plusieurs fois la naturalisation française à cause de celui-ci qui refuse de soutenir ses projets. Elle finit ses études en enchainant les petits boulots et le public la découvre avec le succès de son premier roman.

Citoyenne du monde, elle utilise son écriture pour faire le lien entre les hommes. Pour elle, c’est par la culture qu’il faut lier les hommes non par les origines.

C’est par la culture qu’il faut lier les hommes non par les origines Click To Tweet

« Dans ma tête, la France et le Sénégal, c’est devenu un seul pays, un pays uni. Mais, véritablement, « mon pays » il est quelque part dans le pont que je tisse en permanence entre les deux, c’est-à-dire dans l’écriture. »

Ecrivain de talent, personnalité engagée, Fatou Diome est de celles qui parlent pour dire quelque chose. Quelque chose d’important, d’intéressant et d’interpellant.

Celle qui ne se voyait pas survivre au-delà de ses trente ans nous montre comment notre vie et nos mots doivent porter même s’il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan.

Maya
A propos Maya 60 Articles
Professeur de Lettres & Histoire, et Responsable de Publication chez Ôbelle Magazine, je suis femme d’abord, mère ensuite, ou l'inverse. Mon idéal : voyager et lire, flâner et écrire. Ma devise : Visiter les beautés du monde avant de s’occuper de l’être humain… Ma quête : l’acceptation de l’autre à travers la connaissance de soi: "Apprenez à vous connaître sans vous renier et vous vous élèverez." Me contacter : maya@obelle.fr

3 commentaires sur [Ôdacieuse] Fatou Diome, Femme de Combat

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