Noires, Asiatiques, Maghrébines…Pas Assez Belles?

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L’année 2015 de la presse féminine Française est bien fournie. De très belles couvertures de magazines plutôt glamour, des hommages réussis – l’année a été difficile, de la mode, un anniversaire… Purs produits made in France. Qualité.

La tentation étant trop forte, nous avons aussi analysé le contenu des différents magazines féminins qui vendent le mieux en France : des dossiers, de l’amour, des histoires de couples, des saisons, des conseils beauté, des questionnements futiles ou pas, du style… Le cœur de métier est respecté. Professionnalisme.

Puis, nous avons regardé. Des femmes. Une par semaine habille ces magazines : quelques blondes, beaucoup de brunes, une rousse, des cheveux longs, des cheveux courts, de beaux corps, du rêve. Des femmes célèbres, des covergirls inconnues. Classe et classique.

elle magazine

Jusqu’ici,  excellent! Tous les diktats canons de la mode et de la beauté sont réunis. Mention très bien. Plutôt enthousiasmées, nous avons alors observé de plus près. Non pas besoin de loupe… Un an d’un des magazines choisis, sous vos yeux, bilan : une couverture tenue par une femme Noire, et encore, il s’agit d’un dossier spécial MODE où trois couvertures sont proposées, deux par des femmes d’origine maghrébine, Leila Bekhti et Rachida Brakni, mais avant tout célèbres et reconnues, aucune de type asiatique ou indien. Il y a bien quelques étrangères : des stars internationales. Finalement, 70 ans et pas de changement… Comble !

Pourquoi ce vide sidéral ?

Alors que de plus en plus de femmes non-blanches sont sur le devant de la scène cinématographique, artistique ou fashion, peu de magazines français ne les mettent en avant. C’est toujours l’invisibilité qui domine. Elles n’existent toujours pas et quand c’est le cas, il s’agit de remplir un encart ou un rôle prédéfini : success story de banlieue ou d’enfant d’immigrés, « intégration » réussie, voix contre un tel ou tel événement. C’est une sorte de fonctionnalisme qui s’applique. Autrement dit, chaque personne selon son origine reçoit un rôle identifié, et « covergirl » ne fait pas partie des fonctions possibles pour non- caucasiennes.

L’autre motif probable de ce vide est quant à lui, bien terre à terre : le financier. Les lectrices sont-elles prêtes à acheter un magazine où une femme de type « Noire » ou une « Asiatique » tiendrait la couverture ? Pas sûr. Dès lors, on préfère ignorer une partie non négligeable -mais minoritaire- de la population jugée sacrifiable, qui plus est habituée à son invisibilité, à la partie fidélisée. Pas de risque économique. « The greatest good for the greatest number ». CQFD.

Pourtant, les femmes non-blanches ont un budget cosmétique bien supérieur à celui des femmes blanches. Elles peuvent consommer jusqu’à neuf fois le budget d’une femme de type caucasien. Les marques de cosmétiques et d’hygiène l’ont bien compris en élargissant leur gamme, ou en lançant des gammes spécifiques pour répondre aux multiples besoins de toutes les consommatrices d’une société multiculturelle, en quête de qualité reconnue. Plus fort encore, elles n’hésitent plus à communiquer sur la diversité des beautés dans des campagnes publicitaires à forte audience et gros budget. Mixa a lancé une gamme de crème au Karité dédiée aux peaux mates à foncées, dont Sonia Rolland est l’égérie. Chanel a embauché Rihanna, et L’Oréal, dont plus de la moitié du marché se trouve en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, adapte aussi sa stratégie. Seule la transposition de ce mouvement de définition d’une beauté plurielle dans l’univers de la presse magazine semble bloquée.

C’est le droit à la beauté qui est ainsi enlevé

Lire un article sur la peau, remplir un quiz, parler cheveux et chiffons, choisir son maquillage… Des choses auxquelles certaines doivent renoncer, la raison : 90% de tous les magazines les oublient. Après avoir cherché toute l’adolescence, LE magazine, s’être bercé d’illusions en adaptant mentalement les articles à sa condition, en rêvant secrètement d’une petite perche tendue, en jubilant face un pseudo-article qui nous laissera, faute de contenu, fort déçues ou encore avoir testé un magazine « communautaire », on a fini par abandonner. Abandonner l’idée de se retrouver, de s’identifier à… La vérité ? La diversité n’est pas qu’un mythe mais sur les magazines, enfin dans la tête des rédacteurs, elle est repoussante donc elle n’existe pas.

Cependant, ne nous méprenons pas, choisir ces magazines, c’est choisir un nom, une marque, une expertise pour éclairer d’un œil, l’essentiel de la presse féminine. Choisir ces magazines c’est aussi soulever un autre problème :  celui de la diversité dans les rédactions françaises. On peut aisément se rappeler de son article sans rigueur intellectuelle, bourré de clichés et de raccourcis très grossiers – Obama président = permission d’abandonner les baggys pour les costumes trois pièces – Tendance: Black Fashion Power de 2012 qui a suscité un tollé national et international.

Cette absence de diversité se traduit par une méconnaissance des besoins et des particularités « ethniques ». L’ethnie ? Quèsaco au juste ? C’est un mot galvaudé et tendance dans les milieux de la mode et de la beauté, pour définir tout ce qui n’est pas occidental, et plus particulièrement africain, latino ou native american. L’ethnie est surtout une construction coloniale de la différence, un regard porté par le colonisateur sur des populations soumises, l’utilisation de cette expression passée dans le domaine public en dit long sur le milieu de la mode.

ELLE n’est pas le seul « coupable » : Grazia, Biba, Marie Claire, Cosmo ne font pas mieux et c’est là où le bât blesse… La femme Noire, Métisse, Arabe ou Orientale est invisible partout, à peine tolérée dans les pages mode ou à travers les célébrités. Elle n’apparaît pas, son questionnement, comme toute femme, sur sa peau, ses cheveux, n’est même pas ou à peine effleuré.

Les blogueuses redonnent le droit de s’aimer

Ce sont les blogueuses avec l’éclosion d’internet qui prennent leur relai. Ces afro-féministes privées de leur droit à la frivolité et à la légèreté, utilisent les réseaux sociaux pour recréer un champ laissé vide pour les grands magazines français. Très actives sur le web, c’est auprès d’elles que des milliers de femmes se documentent, se redécouvrent et se forment à la beauté, au style. Très populaires, leurs blogs, vlogs et comptes Instagram récoltent en somme des millions de vues et « likes ». Webzines et bloggeuses constituent l’alternative : parler chiffons et mode ? Optez pour Mélocy ou Assitan ; cheveux ? Voyez Miss Biotiful’Hair ou des deux avec Fatou, Maternité ou vie de femme ? Faites un tour chez Clumsy… (liste non exhaustive).

Cependant, si elles remplissent petit à petit le gouffre, elles restent très loin de la diffusion ou plutôt de l’impact de la presse féminine classique. La question de la diversité dans la presse féminine reste un débat sans fin…

Et toi, qu’en penses-tu? N’hésite pas à laisser un commentaire ci-dessous :)

Maya
A propos Maya 60 Articles
Professeur de Lettres & Histoire, et Responsable de Publication chez Ôbelle Magazine, je suis femme d’abord, mère ensuite, ou l'inverse. Mon idéal : voyager et lire, flâner et écrire. Ma devise : Visiter les beautés du monde avant de s’occuper de l’être humain… Ma quête : l’acceptation de l’autre à travers la connaissance de soi: "Apprenez à vous connaître sans vous renier et vous vous élèverez." Me contacter : maya@obelle.fr

1 commentaire sur Noires, Asiatiques, Maghrébines…Pas Assez Belles?

  1. Merci pour cet article très intéressant et tellement vrai car c’est vraiment déplorable de ne pas avoir un bon magazine de beauté et de mode destiné à tous les types de femmes aujourd’hui en 2016.

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